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Budget wallon : la FGTB prévient le gouvernement et menace de durcir le ton
En bref
- Le gouvernement wallon cherche 900 millions d'euros d'économies pour revenir à l'équilibre budgétaire en 2029.
- La FGTB et la CSC wallonnes, en front commun, visent notamment une éventuelle baisse des allocations familiales.
- Les syndicats dénoncent que l'aide à l'embauche « Job plus » profite à 60 % à des boîtes d'intérim dont les sièges sont en Flandre.
- Ils proposent des alternatives : gestion active de la dette, bon d'État wallon, revoir la réforme des droits de succession et d'enregistrement.
- Jean-François Tamellini (FGTB) prévient : sans changement de cap, les syndicats devront « durcir » leurs actions.
Front commun syndical face au conclave budgétaire wallon : la FGTB et la CSC répètent leurs lignes rouges et avertissent qu'elles durciront leurs actions si le gouvernement MR-Les Engagés continue de faire payer la population.

Le conclave budgétaire du gouvernement wallon MR-Les Engagés se poursuit encore cette semaine. Objectif affiché : trouver 900 millions d'euros pour tenir la trajectoire vers un retour à l'équilibre en 2029. Face à cela, la FGTB et la CSC wallonnes montent au créneau, en front commun, pour rappeler leurs lignes rouges.
Jean-François Tamellini, secrétaire général de la FGTB wallonne, et Daniel Cornesse, son homologue à la CSC, ont choisi d'interpeller publiquement le gouvernement. Pour nous, le message est clair : "Ce gouvernement doit privilégier des mesures qui soulagent la population". Une manière de rappeler que la Wallonie subit déjà les effets des mesures fédérales, et que les travailleurs et travailleuses n'ont plus de marge.
Les allocations familiales dans le viseur
Parmi les dossiers qui inquiètent particulièrement les deux organisations : une possible réduction des montants des allocations familiales, un sujet que le ministre-Président Adrien Dolimont (MR) avait déjà évoqué « à demi-mot » lors d'une rencontre avec les syndicats en juin. Pour la FGTB et la CSC, il n'y a aucune raison que la Wallonie s'impose une rigueur plus sévère que celle qu'autorise la Commission européenne, qui tolère un déficit de 3 %.
Les deux syndicats s'inquiètent aussi d'autres dossiers sensibles pour nos secteurs et pour les services publics locaux : le non-remplacement de centaines de départs à la retraite dans la fonction publique wallonne d'ici 2029, et la réforme des aides à l'emploi (APE) qui touche, selon les chiffres cités, "3 685 personnes dont 2 089 femmes" dans les zones de police et de secours notamment. Ce sont des emplois bien réels, souvent occupés par des femmes, qui risquent de disparaître au nom des économies.
De l'argent public wallon qui file vers des actionnaires flamands
Autre point dénoncé par les syndicats : l'efficacité réelle des aides aux entreprises. Jean-François Tamellini pointe le dispositif « Job plus », une aide à l'embauche lancée fin juin : selon lui, les sociétés d'intérim en captent 60 %, alors que leurs sièges sociaux sont majoritairement situés en Flandre. Pour la FGTB, c'est donc "l'argent public wallon qui alimente les actionnaires de boîtes flamandes", alors que cet argent devrait soutenir l'emploi de qualité en Wallonie.
Pour nous, cela illustre un problème de fond : des aides publiques financées par tous ne profitent pas toujours à l'économie locale ni aux travailleurs wallons. La CSC demande d'ailleurs un véritable screening de ces aides aux entreprises, pour vérifier qu'elles démontrent une réelle efficacité avant d'être reconduites.
Des pistes alternatives sur la table
Les deux syndicats ne se contentent pas de dénoncer : ils ont transmis au gouvernement des pistes concrètes pour dégager des moyens sans toucher au portefeuille des gens. Parmi elles :
Une gestion plus active de la dette wallonne, directe et indirecte (parastataux), qui permettrait selon eux de récupérer 100 millions d'euros.
La création d'un bon d'État wallon, prévu dans la Déclaration de politique régionale, qui rémunérerait l'épargne des citoyens mieux que les comptes épargne classiques, tout en coûtant moins cher à la Région qu'un emprunt sur les marchés financiers.
Une révision de la réforme des droits de succession, qui doit faire baisser les recettes fiscales dès 2029, et de la réforme des droits d'enregistrement, jugée porteuse d'une « inégalité monstre ».
Une relance d'une alliance avec le secteur de la construction autour des économies d'énergie, avec un retour à un système de primes à la rénovation.
Une mobilisation de juin qui pèse encore
Les deux responsables syndicaux rappellent que le gouvernement ne peut ignorer la mobilisation du 16 juin dernier, qui avait rassemblé plus de 10 000 personnes à Namur. Le message adressé aujourd'hui est un avertissement direct : "La population souffre dans sa très large majorité de la situation actuelle. Le gouvernement wallon ne peut pas leur remettre une couche supplémentaire sur le dos", selon Jean-François Tamellini.
Et si le gouvernement ne change pas de cap ? La réponse syndicale est sans ambiguïté : "Nous devrons durcir nos actions, nous n'avons pas le choix. Nous sommes à un point de rupture".
Ce qu'il faut retenir
Le budget wallon se négocie actuellement, et les arbitrages qui en sortiront auront un impact direct sur le portefeuille des familles, sur l'emploi dans la fonction publique et le non-marchand, et sur l'efficacité réelle des aides publiques aux entreprises. Nous soutenons les lignes rouges posées par la FGTB et la CSC wallonnes : pas de nouvelle ponction sur les allocations familiales, pas de sacrifice supplémentaire pour la fonction publique et le secteur non marchand, et une vraie transparence sur l'utilisation de l'argent public destiné aux entreprises.
Nous invitons les travailleurs et travailleuses concernés à se tenir informés auprès de leur délégué ou de la centrale sur la suite de ce dossier budgétaire, qui va se jouer dans les prochaines semaines.