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Budget wallon et fédéral : les allocations familiales et la sécu dans le viseur de l'austérité

En bref

  • En Flandre, l'accord budgétaire réduit les allocations familiales (âge limite abaissé, prime de naissance restreinte) et d'autres avantages aux familles.
  • En Wallonie, le conclave budgétaire doit trouver 900 millions d'euros pour 2027 et envisage de toucher à l'indexation des allocations familiales, qui pèsent 3 milliards d'euros.
  • Les patrons wallons (AKT for Wallonia) poussent à aligner les montants sur la Flandre, où ils sont inférieurs ; experts et Ligue des familles rappellent le rôle des allocations contre la pauvreté infantile.
  • Au fédéral, Bart De Wever annonce vouloir concentrer l'assainissement sur les dépenses de sécurité sociale, pensions et soins de santé en tête.
  • Plusieurs économistes et responsables politiques s'opposent frontalement à une baisse des allocations familiales, jugée socialement lourde de conséquences.

En Flandre, le gouvernement a déjà raboté les allocations familiales pour boucler son budget. En Wallonie et au fédéral, la même logique s'installe : ce sont les familles et les assurés sociaux qui risquent de payer la facture.

Le budget wallon pour 2027 doit encore trouver 900 millions d'euros. Et parmi les pistes envisagées par les négociateurs du conclave budgétaire figure un poste sensible : les allocations familiales, qui représentent à elles seules près de 3 milliards d'euros, soit environ 15 % du budget total de la Région. Au même moment, le gouvernement fédéral annonce vouloir concentrer son propre assainissement sur les dépenses de sécurité sociale. Pour la Centrale Générale FGTB Namur-Luxembourg, ce double mouvement doit alerter : ce sont une nouvelle fois les familles et les travailleurs qui risquent de porter le poids de l'austérité.

La Flandre a ouvert la voie

Le gouvernement flamand a bouclé un accord budgétaire qui ramène ses comptes à l'équilibre pour la première fois depuis 2019. Il le fait notamment en rabotant son « Groeipakket », l'équivalent flamand des allocations familiales : l'âge limite pour recevoir une allocation d'étudiant passerait de 25 à 23 ans, et la prime de naissance de 1.310,75 euros ne serait plus versée qu'au premier enfant. Selon le Gezinsbond, l'équivalent flamand de la Ligue des familles, certaines familles avec deux enfants aux études pourraient perdre près de 10.000 euros.

Au-delà des allocations familiales, l'accord flamand prévoit aussi un recul sur les droits d'enregistrement, un report de la réforme des droits de succession et une hausse du prix des titres-services. Pour une partie de la classe politique et patronale wallonne, cet accord sert déjà de modèle : la logique « il faut tout oser » gagne du terrain au sud du pays aussi.

En Wallonie, l'indexation des allocations dans la balance

Du côté wallon, les patrons réunis au sein d'AKT for Wallonia (ex-Union wallonne des entreprises) ont sorti leur calculette. Leur constat : les allocations familiales wallonnes seraient en moyenne 16 % plus élevées qu'en Flandre, soit un écart de 3.291 euros contre 2.834 euros par an et par enfant. Si la Wallonie appliquait les montants flamands, l'économie potentielle serait d'environ 417 millions d'euros par an. D'autres calculs, réalisés par un chercheur de l'ULB, avancent un écart encore plus élevé, autour de 520 millions d'euros.

Mais cette comparaison masque une réalité essentielle : ce n'est pas la Wallonie qui a augmenté ses dépenses, c'est surtout la Flandre qui a freiné les siennes. Depuis 2020, la Flandre n'indexe plus ses allocations qu'une fois par an à date fixe, alors que la Wallonie a conservé le mécanisme d'indexation automatique de 2 % dès que l'indice pivot est dépassé. C'est cette différence d'indexation, et non une générosité wallonne excessive, qui explique l'essentiel de l'écart entre les deux régions.

La piste privilégiée dans le conclave budgétaire wallon serait justement de toucher à cette indexation : la supprimer totalement, la limiter à certains suppléments sociaux, la plafonner à 1 ou 2 %, ou encore la maintenir uniquement pour les revenus les plus bas. Selon la Ligue des familles, une non-indexation totale coûterait plus de 112 euros par an à une famille avec deux enfants, et plus de 230 euros à une famille avec trois adolescents.

Des mises en garde qui se multiplient

Plusieurs voix se sont élevées contre cette piste. La directrice générale de la Ligue des familles, Madeleine Guyot, rappelle qu'« il est de plus en plus compliqué d'être parent aujourd'hui » et demande de ne pas toucher aux allocations familiales. Un professeur de droit de la sécurité sociale de l'ULB souligne que les allocations sont un instrument majeur de lutte contre la pauvreté infantile, alors que 22 % des mineurs vivent sous le seuil de pauvreté en Wallonie, contre 14 % en Flandre.

Sur le plan politique, les positions divergent. Le président des Engagés, Yvan Verougstraete, dit vouloir préserver les allocations majorées pour les familles les plus défavorisées, tout en renvoyant la question des autres familles au conclave. L'économiste Étienne de Callataÿ estime au contraire qu'il faut envisager des économies, jugeant la Wallonie « dos au mur ». À l'inverse, l'économiste Bruno Colmant s'est dit « scandalisé » par ce débat, qu'il qualifie de violence sociale, rappelant à partir de son propre vécu en famille monoparentale le rôle vital que ces allocations peuvent jouer pour un ménage.

Le fédéral vise aussi la sécurité sociale

Ce débat wallon ne se joue pas en vase clos. Au niveau fédéral, le Premier ministre Bart De Wever a indiqué vouloir concentrer le prochain assainissement budgétaire sur les dépenses, en particulier sur la sécurité sociale. Il cite les pensions, environ 70 milliards d'euros, et les soins de santé, environ 40 milliards d'euros, comme principaux postes à « maîtriser ». Pour le Premier ministre, les dépenses primaires auraient augmenté de 60 milliards d'euros en 25 ans, sans hausse équivalente des recettes. Une déclaration de politique générale est attendue le 13/10/2026, échéance qu'il qualifie d'« extrêmement difficile, mais possible ».

Pour nous, ce discours centré uniquement sur les dépenses sociales pose question. Il ne dit rien des recettes qui ont manqué, ni des choix fiscaux qui ont pu priver l'État de moyens. Présenter la sécurité sociale comme la première cause du déficit, c'est désigner les pensionnés, les malades et les familles comme variable d'ajustement, plutôt que d'interroger l'ensemble de la politique budgétaire et fiscale.

Ce que ça change pour vous

  • Si l'indexation des allocations familiales wallonnes est limitée ou supprimée, le pouvoir d'achat des familles, en particulier les plus modestes, reculera concrètement, pendant que le coût de la vie continue d'augmenter.

  • Une pression équivalente sur les pensions et les soins de santé au niveau fédéral toucherait directement les travailleurs actuels et futurs retraités.

  • Les familles les plus précaires, déjà confrontées à la hausse des coûts scolaires et de garderie, seraient les premières fragilisées par un recul des allocations.

Pour la Centrale Générale FGTB Namur-Luxembourg, les allocations familiales et la sécurité sociale ne sont pas des variables d'ajustement budgétaire : ce sont des outils de solidarité et de lutte contre la pauvreté qui doivent rester indexés sur le coût de la vie. Nous demandons que tout effort budgétaire soit équitablement réparti, en examinant aussi les recettes et la fiscalité, avant de rogner sur ce qui protège les familles et les travailleurs. Si vous êtes concerné·e par ces décisions, n'hésitez pas à vous informer auprès de votre délégué ou de votre centrale.

Sources

  1. 1Trends (nouvel onglet)https://trends.levif.be/a-la-une/politique-economique/wallonie/allocations-familiales-droits-succession-budget-flamand-wallon/
  2. 2RTBF Info (nouvel onglet)https://www.rtbf.be/article/conclave-budgetaire-comme-en-flandre-la-wallonie-pourrait-elle-sabrer-dans-ses-allocations-familiales-11792516
  3. 3RTL (nouvel onglet)https://www.rtl.be/actu/belgique/politique/des-economies-sur-les-allocations-familiales-en-wallonie-les-plus-fragiles-ne/2026-10-01/article/801872
  4. 4RTBF Info (nouvel onglet)https://www.rtbf.be/article/c-est-de-plus-en-plus-complique-d-etre-parent-aujourd-hui-la-directrice-generale-de-la-ligue-des-familles-dit-pas-touche-aux-allocations-familiales-11793096
  5. 5RTL (nouvel onglet)https://www.rtl.be/actu/belgique/economie/bruno-colmant-scandalise-par-une-eventuelle-baisse-des-allocations-familiales/2026-10-01/article/801893
  6. 6RTL (nouvel onglet)https://www.rtl.be/actu/belgique/politique/bart-de-wever-une-cible-en-vue-pour-assainir-le-budget-cela-exigera-un-courage/2026-10-01/article/801898
  7. 7L'Avenir Belgique (nouvel onglet)https://www.lavenir.net/actu/belgique/politique/2026/10/01/budget-federal-la-maitrise-de-laugmentation-des-depenses-sociales-est-primordiale-insiste-bart-de-wever-HGK7BSYY6FHJBIN3RYTCGNHYY4/
  8. 8vrt.be (nouvel onglet)https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/09/29/wat-staat-in-begrotingsakkoord-vlaamse-regering-inhoud-maatregelen/
  9. 9nieuwsblad.be (nouvel onglet)https://www.nieuwsblad.be/politiek/met-300-miljoen-euro-bespaart-vlaamse-regering-stevig-op-groeipakket-onverstandige-keuze/162325970.html
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